L'indemnité d'éviction est la contrepartie financière que le bailleur doit verser au locataire commercial lorsqu'il refuse de renouveler le bail à son expiration, sans pouvoir invoquer l'un des motifs d'exclusion prévus par la loi. Son fondement est l'article L145-14 du Code de commerce, qui pose une règle simple dans son principe et redoutable dans son application : l'indemnité doit être égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement. Aucun barème, aucun forfait — le montant résulte d'une évaluation au cas par cas, qui tient compte de la nature du fonds, de sa valeur, de son emplacement et des circonstances propres à l'éviction.
Cette indemnité protège ce que le statut des baux commerciaux appelle la propriété commerciale : un commerçant ou un artisan attache à son local sa clientèle, ses investissements et son activité. L'en priver sans compensation reviendrait à confisquer la valeur qu'il a créée. L'indemnité d'éviction ne se confond ni avec le droit au bail — valeur patrimoniale du bail en cours, que le locataire peut céder —, ni avec l'indemnité d'occupation, somme que le locataire évincé verse au bailleur pendant la période où il se maintient dans les lieux.
Ce maintien dans les lieux est d'ailleurs l'un des points les plus mal connus du dispositif : en application de l'article L145-28 du Code de commerce, le locataire évincé a le droit de rester dans les locaux jusqu'au paiement effectif de l'indemnité. Pendant cette période, il ne verse plus le loyer conventionnel mais une indemnité d'occupation, généralement fixée à la valeur locative du local. Pour le bailleur, refuser un renouvellement sans avoir mesuré le coût réel de l'éviction peut donc se révéler une décision très onéreuse — et longue à dénouer.
L'enjeu financier est souvent considérable : selon la transférabilité du fonds, l'indemnité peut représenter plusieurs années de chiffre d'affaires. C'est pourquoi son chiffrage est l'un des exercices les plus techniques de l'expertise commerciale, au croisement de l'évaluation de fonds de commerce, de la valeur locative et de l'analyse de l'emplacement. Notre guide de l'expertise immobilière replace cette mission parmi celles de la profession.