Guillaume Thériez
Fondateur de Réal Valuation, membre de la RICS, de l'IFEI et de la Chambre des Experts FNAIM, Guillaume supervise l'ensemble des missions d'expertise du cabinet et intervient sur les dossiers à enjeux dans toute la France.
Déclarer la maison « un peu en dessous » pour réduire les droits : la tentation est classique — et le fisc la connaît mieux que personne. Voici ce que risque réellement une succession sous-évaluée, comment l'administration détecte les écarts, ce qui se joue aussi entre héritiers, et comment une valeur vénale opposable protège dans les deux sens.
La valeur portée dans une déclaration de succession n'est pas un chiffre libre : les droits de mutation sont assis sur la « valeur vénale réelle » des biens, et l'article L17 du Livre des procédures fiscales autorise expressément l'administration à rectifier le prix ou l'évaluation d'un bien lorsqu'ils paraissent inférieurs à cette valeur vénale. Point crucial : c'est alors à l'administration d'apporter la preuve de l'insuffisance — ce qu'elle fait en produisant des ventes comparables. Elle dispose pour cela d'outils que les particuliers sous-estiment : les bases DVF (toutes les ventes publiées, accessibles à tous) et Patrim, alimentées par les actes notariés eux-mêmes.
Le contrôle intervient pendant le délai de reprise : jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant celle de la déclaration dans le cas général — et jusqu'à six ans lorsque l'exigibilité des droits n'a pas été suffisamment révélée. Certains événements déclenchent l'examen presque mécaniquement : une revente rapide du bien à un prix nettement supérieur à la valeur déclarée, un écart visible avec les ventes du quartier, ou un patrimoine déjà suivi au titre de l'IFI. La revente est le piège le plus fréquent : elle fournit à l'administration le comparable parfait… signé par les héritiers eux-mêmes.
Et la sous-évaluation se paie deux fois : même sans contrôle, une valeur déclarée basse devient le prix de revient du bien — à la revente, la plus-value imposable est calculée depuis cette valeur. L'« économie » de droits de succession se transforme en impôt de plus-value (souvent à un taux global supérieur), avec le risque de rectification en prime. Ce paradoxe, très mal connu, suffit à lui seul à disqualifier la stratégie de la valeur basse.
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Architecte DPLG, diplômé de l’ICH Paris et titulaire du DU Expertise Judiciaire délivré par l’Université de Bordeaux (Faculté de droit et science politique), Guillaume Thériez a débuté sa carrière à Paris dans l’investissement et la promotion immobilière avant de rejoindre la société Ad Valorem Expertises, aujourd’hui BPCE Solutions immobilières, comme Directeur Adjoint.
Il a fondé en 2011 la société Réal Valuation avec pour objectif de devenir un cabinet d’expertise de référence dans le Sud-Ouest de la France.
Quatre étages de conséquences — du simple rappel au pénal fiscal, selon la gravité.
L'administration recalcule les droits de succession sur la valeur rectifiée : la différence est due immédiatement, par les héritiers, solidairement pour la plupart des successions. Sur un écart de valeur significatif et des taux qui grimpent vite en ligne indirecte, le rappel seul peut être lourd.
0,20 % par mois (2,4 % par an), décomptés depuis la date à laquelle les droits auraient dû être payés. Sur une rectification qui intervient en troisième année, les intérêts ajoutent typiquement 6 à 8 % au rappel — sans qu'aucune faute soit même reprochée.
En cas de simple insuffisance de bonne foi, pas de majoration (intérêts seuls). Mais si l'administration établit un manquement délibéré — écart important et conscient, valeur fantaisiste —, la majoration est de 40 % ; elle atteint 80 % en cas de manœuvres frauduleuses. La frontière se joue sur la capacité à justifier la valeur déclarée.
Une valeur biaisée fausse aussi le partage : l'héritier lésé par un partage inégal peut agir en complément de part si la lésion dépasse le quart (article 889 du Code civil) ; une vente à prix minoré consentie à un héritier peut être requalifiée en donation déguisée, rapportable et taxable ; et la dissimulation volontaire d'éléments de valeur peut relever du recel successoral, qui prive son auteur de sa part sur l'actif dissimulé. Enfin, la vente d'un immeuble consentie à un prix inférieur aux cinq douzièmes de sa valeur ouvre au vendeur l'action en rescision pour lésion des sept douzièmes (article 1674 du Code civil) — un garde-fou méconnu des cessions familiales sous-évaluées.
Résumé brutal : la sous-évaluation ne fait généralement gagner que le temps du délai de reprise — et fait risquer rappel + intérêts + jusqu'à 40 % de majoration, une plus-value gonflée à la revente, et des années de contentieux familial. Face à cela, une valeur juste et démontrée coûte… le prix d'une expertise.
Si vous recevez une proposition de rectification, rien n'est joué : la procédure est contradictoire. L'administration doit produire ses comparables — et ils sont discutables : biens réellement comparables ? état, surfaces, dates cohérents ? ajustements motivés ? Une contre-expertise en valeur vénale, établie par un expert certifié sur l'état réel du bien au jour du décès (travaux nécessaires, occupation, servitudes, spécificités que les bases DVF ignorent), est l'outil central de la réponse. Le dossier peut ensuite être porté devant la commission départementale de conciliation, puis devant le juge — à chaque étape, c'est la qualité de la démonstration de valeur qui décide.
Si vous réalisez a posteriori que la valeur déclarée était trop basse — souvent au moment de mettre le bien en vente —, la déclaration rectificative spontanée est presque toujours la meilleure option : elle s'accompagne des intérêts de retard mais écarte en pratique les majorations, et elle rétablit un prix de revient correct pour la plus-value. Le calcul mérite d'être fait à froid, avec le notaire, sur la base d'une valeur expertisée.
Et en prévention, la règle tient en une phrase : toute valeur déclarée doit pouvoir être justifiée le jour où on vous la demandera. C'est exactement la fonction d'un rapport d'expertise — valeur au jour du décès, comparables vérifiés, correctifs documentés (occupation, indivision, abattement résidence principale). Notre guide estimer une maison pour une succession détaille la démarche ; notre page expertise en litige fiscal couvre la défense en cas de contrôle.
Réal Group intervient dans toute la France, en prévention (valeur vénale opposable pour la déclaration de succession) comme en défense (contre-expertise face à une proposition de rectification, appui devant la commission de conciliation et les juridictions). Un premier échange en visioconférence cadre le dossier — avec vous, votre notaire ou votre avocat — puis l'expert visite le bien. Devis gratuit sous 24 h.
Sujets liés : le désaccord d'estimation entre héritiers (l'autre grand risque des successions) et notre pilier valeur vénale, la notion qui gouverne tout.
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