Évaluer le prix d’un local commercial

Reconnu pour ses compétences en expertise immobilière, Réal Group présente les méthodes professionnelles pour estimer la valeur des locaux commerciaux (boutiques de centre-ville, grandes surfaces alimentaires, boîtes isolées, retail parks, grands magasins, centres commerciaux, drives) et des droits immobiliers (fonds de commerce, droit au bail, indemnité d’éviction).

À retenir : la valeur d’un local commercial dépend autant de la commercialité (emplacement, flux, concurrence) que de ses caractéristiques techniques (surface, linéaire, extraction, hauteur), de son bail (clauses, durée, indexation) et de ses revenus locatifs (niveau de loyer, vacance, charges). L’estimation s’appuie sur un croisement comparaison + capitalisation du revenu + (le cas échéant) DCF et méthodes spécifiques (droit au bail, indemnité d’éviction).

Typologies commerciales & critères de valeur

La valeur d’un local dépend d’abord de sa typologie (boutique de centre-ville, GSA, boîte isolée, retail park, centre commercial, grand magasin, drive), chacun obéissant à des drivers spécifiques.

Typologies vs. indicateurs-clés de valorisation
TypologieIndicateurs de valeurPoints de vigilance
Boutique centre-ville Flux piéton, linéaire de vitrine, angle, profondeur utile, accessibilité PMR, visibilité Extraction (restauration), nuisances, étage/cave, copropriété (charges, travaux)
GSA (super / hyper / hard discount) Surface de vente, parking, zone de chalandise, mix alimentaire/non-alimentaire, CA/m² Évolution consommation, concurrence, obsolescence (capex froid/énergie)
Boîte isolée Accès routier, visibilité, foncier, potentiel de reconversion, parking Obsolescence conceptuelle/archi, vacance, dépendance à l’enseigne
Retail park Unité de gestion, architecture soignée, mass market, flux auto, mix enseignes Qualité du gestionnaire, concurrence locale, chartes architecturales
Grand magasin / multi-commerces Centralité, positionnement marque, multi-niveaux, services Capex, transformation usages, attractivité durable
Centre commercial Locomotives, parcours client, taux d’occupation, CA locataires, loyer variable Vacance, obsolescence, concurrence (e-commerce / retail parks)
Drive Accessibilité, temps de parcours, bassin de clientèle, volumétrie commandes Réglementation (ALUR), saturation réseau, dépendance à l’hyper
À analyser
  • Commercialité : flux, concurrence, pouvoir d’achat
  • Technique : linéaire, hauteur, extraction, stationnement
  • Bail : durée ferme, indexation, charges, déplafonnement
Sources de risque
  • Vacance & obsolescence
  • Dépendance à une enseigne
  • Travaux réglementaires / capex énergie

Méthodes d’évaluation : comparaison, rendement, DCF

Comparaison (références de marché) + capitalisation du revenu (taux / cash-flow) sont le socle. Le DCF affine les scénarios (réversions, capex, vacance).

Méthodes d’évaluation – quand les mobiliser ?
MéthodeCas d’usagePoints fortsLimites
Comparaison Boutiques, cessions récentes de droits au bail, retail standardisé Lecture marché directe, compréhensible Qualité / fraîcheur des références, pondérations fines
Rendement (cap rate) Actifs locatifs stabilisés (centres, retail parks, GSA) Intègre revenus, vacance, charges Choix du taux / assiette (net, triple net), ajustements capex
DCF Actifs avec réversions / capex / phasage, baux variables Scénarios détaillés, sensibilité Sensible aux hypothèses (taux, indexation, timing)

Boutiques de centre-ville

Les boutiques de pied d’immeuble (souvent < 400 m²) couvrent commerces de proximité et enseignes d’équipement (personne/maison). Les niveaux de loyers varient selon :

  • Environnement commercial (zone de chalandise, concurrence, densité)
  • Flux (piéton/véhicules/jour), visibilité (angle, vitrine)
  • Accessibilité (TC, stationnement, PMR)
  • Caractéristiques (extraction, hauteur, niveau, profondeur)

Méthodes : comparaison (€/m² pondéré, pondérations linéaire/angle/profondeur) + rendement (si loué) ; DCF si réversion claire (bail court, re-positionnement).

Grandes surfaces alimentaires (supermarchés / hypermarchés / hard discount)

Supermarchés

Magasins non spécialisés dominés par l’alimentaire (> 65 % du CA), surface de vente 400–2 500 m², 2 500–5 000 réf. ~5 000 en France.

Hypermarchés

Alimentaire < 2/3 du CA, surfaces > 2 500 m², 20–35 000 réf. ~1 500–1 700 en France (Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino, U, Intermarché, Cora…).

Hard discount

Formats < 1 000 m², ~1 000 réf., acteurs : Lidl, Aldi, Netto…

Méthodes : rendement (baux longs, indexation), comparaison (transactions par m²), DCF (capex froid/énergie, reformatage, mix produits).

Boîtes commerciales isolées

Formats périphériques hétérogènes. Marché en repositionnement (obsolescence, reconversion vers retail parks/activités). Valeur portée par accès/visibilité/foncier/parking.

Méthodes : rendement (vacance structurelle à intégrer), comparaison (faible liquidité), DCF (scénarios de reconversion).

Parcs d’activité (retail parks)

Unité de gestion, à ciel ouvert, parking central, mass market, traitement paysager. Enjeux : intégration urbaine, concurrence, qualité mix enseignes.

Méthodes : rendement & DCF (mix baux, loyer variable, capex, extension/rénovation), comparaison (transactions par cellule/ensemble).

Grands magasins & magasins multi-commerces

Surfaces > 2 500 m², multi-étages, espaces de marques. Valeur corrélée à la centralité, la marque et la capacité d’investissement.

Méthodes : DCF (baux variables, CA locataires, capex), rendement (composante stabilisée), comparaison (rare).

Centres commerciaux

Actifs d’immobilier d’entreprise avec moteurs : locomotives, parcours client, digitalisation, services. Concurrence des retail parks et e-commerce.

Éléments influant sur la valeur des centres commerciaux
AxesDétails
Localisation Accessibilité (route/TC), zone de chalandise (population, pouvoir d’achat), proximité concurrence
Attractivité Locomotives, architecture, innovations/concepts, attractivité locative (CA potentiel)
Technique Qualité constructif/entretien, capex (rénovation, énergie), charges
Revenus Signature locataires, durées fermes, clauses (variable), vacance structurelle

Méthodes : rendement (assiettes net/triple net), DCF (réversions, vacance, capex, loyer variable), comparaison (peu fréquent, par portefeuille).

Magasins drive

Offre en forte croissance (maturité), 2 configurations : drive déporté vs drive picking (accolé). Attendus clients : gain de temps, simplicité, maîtrise budget.

Cadre : depuis ALUR (2014), autorisation CDAC requise, même pour petites surfaces.

Méthodes : rendement (baux, flux), DCF (montée en charge, saturation réseau), comparaison (peu de transactions pures).

Droits immobiliers : fonds de commerce

Fonds de commerce = universalité d’éléments incorporels (clientèle, enseigne, droit au bail, marques, licences…) et corporels (matériel, outillage, agencements). Les murs n’en font pas partie.

Méthodes usuelles

Évaluation d’un fonds de commerce
MéthodePrincipeAvantagesLimites
Barèmes professionnels Coefficient sur CA TTC (moyenne 3 ans, correctifs) Rapide, référentiel sectoriel Approximatif, à recouper (rentabilité, taux d’effort)
Analytique Valeur droit au bail + rente de situation + éléments corporels + clientèle Prend en compte l’emplacement et la rentabilité Plus d’informations à documenter

Droit au bail & valeur locative de marché

Droit au bail : valeur économique pour le locataire cessionnaire liée à la différence entre VLM (valeur locative de marché) et loyer en place (économie de loyer), compte tenu des clauses du bail et du risque de déplafonnement.

Méthodes

  • Comparaison (transactions de droits au bail sur locaux similaires / secteur)
  • Actualisation de l’économie de loyer (durée jusqu’à déplafonnement, taux, indexation)
  • Différentiel × coefficient de situation (recoupement)
Coefficient de situation – ordre de grandeur
Qualité d’emplacementCoefficientUsage
Médiocre3 à 4Recoupement
Bonne4,5 à 5,5Recoupement
Très bonne (1 / 1 bis)6 à 7Recoupement

Formule (rappel) :
DAB = E × [ 1 – (1 + i)–n ] / i, avec E = économie de loyer annuelle, i = taux d’actualisation, n = durée jusqu’au déplafonnement.

Bonus de rareté : sur emplacements 1/1bis, un droit au bail peut subsister même sans économie de loyer ; à apprécier par comparaison (droits constatés) et ajouté à la valeur issue de l’actualisation.

Indemnité d’éviction

Protection du locataire commercial : indemnité = réparation intégrale du préjudice en cas de refus de renouvellement (C. commerce L145-28 s.). Deux cas :

  1. Disparition du fonds : base = valeur du fonds (incluant souvent matériel en double emploi), min. valeur du droit au bail + indemnités accessoires.
  2. Transférabilité : base = valeur du droit au bail + indemnités accessoires.
Indemnités accessoires (exemples)
CatégorieExemples
Mutation / réemploiFrais d’acquisition, honoraires
TransfertDéménagement, réinstallation, publicité
Trouble commercialPerte de bénéfice, frais (personnel, impôts, loyers), doubles frais
SocialIndemnités de licenciement le cas échéant

Preuve : la transférabilité doit être démontrée (souvent par expertise). À défaut, l’hypothèse de disparition du fonds prévaut.

FAQ – Évaluation d’un local commercial

Quelle méthode privilégier pour une boutique de centre-ville ?

La comparaison (€/m² pondéré) avec pondérations (linéaire/angle/profondeur) + un recoupement par rendement si le bien est loué. Le DCF si une réversion ou un repositionnement est anticipé à court/moyen terme.

Comment estimer un droit au bail ?

Par comparaison (droits constatés), actualisation de l’économie de loyer (jusqu’au déplafonnement), et recoupement par différentiel × coefficient de situation. Bonus possible pour rareté sur emplacements 1/1bis.

Quel taux utiliser en capitalisation du revenu ?

Un taux de marché tenant compte de la typologie, de la qualité locative, des risques (vacance, obsolescence), des capex et de l’indexation. Assiette net ou triple net selon les clauses.

Quand passer en DCF plutôt qu’en simple cap rate ?

Quand les flux varient (baux courts, réversion, loyer variable), qu’il y a des capex programmés, des phases (vacance/recommercialisation) ou des scénarios alternatifs (repositionnement, découpage).

Que couvre l’indemnité d’éviction ?

La valeur du fonds (ou du droit au bail si transfert) + indemnités accessoires (réemploi, transfert, trouble commercial, doubles frais, social).

Fonds de commerce vs murs : quelle différence ?

Le fonds regroupe les éléments d’exploitation (clientèle, enseigne, droit au bail, matériel…) ; les murs sont l’immeuble (propriété foncière). Deux patrimoines distincts, méthodes d’évaluation distinctes.

Peut-on additionner “valeur murs” + “valeur fonds” ?

Non mécaniquement. La valeur des murs dépend des revenus locatifs (baux) ; celle du fonds dépend de la rentabilité de l’activité.

Quelles sources de décote fréquentes ?

Extraction impossible (restauration), linéaire faible, profondeur excessive, clauses bail défavorables, capex lourd, vacance, obsolescence (concept/énergie).

Ressources utiles & cas d’usage